![]() ![]() ![]() ![]() |
|||
| RETOUR | ATMOSPHÈRES - CHAPITRES I....X | ||
CHAPITRE VII ANCIENNE GARE DE BRAY FACTEUR D’ANTAN "QUATRINIO" MAGIQUES INTANTS DE PÊCHE ...et bien d'autres pleins de nostagie....
![]() www.societedesecrivains.com |
ANCIENNE GARE DE BRAY Il y a cinquante ans, en logis transformée, Cette petite gare me fait un peu rêver, Au départ du chemin de fer, une mort programmée, Une époque révolue, toute une vie rayée. Mes parents ont habité ce lieu plus de vingt longues années, Un refuge pour eux, pauvres gens éperdus, Marqués par le destin, perdus, désemparés, Dans un monde cruel, de vrais êtres perclus. Je viens une dernière fois de fermer la grand' porte, De ce qui fut pour eux une ouverture d'espoir, Et qui fut autrefois le passage de cohortes De Braytois s'en allant vers Paris, pour un soir. Le paisible village au terminus troublant, Gare de campagne briarde pleine de vie honnête, De travailleurs ruraux, maquignons, commerçants, Revenant de la ville, ramenant leurs emplettes. Et je m'en vais ému devant tant de mépris, Devant tant de gâchis pour des progrès douteux, Avoir coupé ce lien, si magique lacis, C'est avoir un peu plus éloigné tous ces lieux. À mes ancêtres qui révèrent dans cette gare, leurs marmots à la main, de voyages, d'espaces, chaque fois ébahis par cette machine infernale, mystérieuse, merveilleuse… "QUATRINIO" Déménageant ma mère de son triste logis, Ancienne gare de Bray, devenu insalubre, Je scrute les murs sombres, pour tout dire salis, Par beaucoup de misère, fruit d'un destin maudit. Tous ces objets ternis, ces meubles poussiéreux, Me renvoient un instant à des bribes de vie, Des moments de bonheur au temps des jours heureux, D'autres teintés d'angoisse, par la peine assombris. Mon regard égaré s'arrête , que c'est troublant !, Sur un vieux carillon, celui de mon grand-père, Pas vraiment une clepsydre, mais un trésor d'enfant, Sons de timbres magiques, métalliques, de fer. Depuis plus de vingt ans, ce "quatrinio" est là, Inactif, sans vie, abandonné de tous, Pourtant pendant des lustres, un foyer, anima, Âme teintante, vivante, atmosphère si douce. Je revois Olivier, mon aïeul aux yeux clairs, Boitillant dans sa chambre, pauvre vieux arthrosique, Affairé à régler, ce bijou pendulaire, Moments pour un enfant, quelque peu fantastique. Ce carillon bruyant devint un jour pour lui, Atteint de cécité progressive, puis la nuit, Ce compagnon sonore, enfin ce seul ami, À qui confier ses peines, angoisses de fin de vie. Je lui rendais visite, quand je pouvais passer, Et ses yeux morts pleuraient, brouillant un peu les miens, Et toujours remontais, à l'aide d'une clef, Le mécanisme magique, pour l'aider, pour son bien. C'est pourquoi aujourd'hui je suis si bouleversé, D'avoir ce carillon, entre mes mains tremblantes, Mais à cette petite mort, je vais remédier, Et redonner la vie aux clochettes teintantes. |
FACTEUR D’ANTAN Une voiture jaune soudain stoppe en furie, Sur le trottoir sableux, dans un voile de poussière, Une portière claque, quelque gent en surgit, Et puis repart plus vite poussant fort la première. C’est le facteur, la factrice ou Madame le facteur, enfin… peu importe la personne! Je m’enquiers de savoir ce que l’hurluberlu Vient de me déposer dans ma boîte faite aux normes Imposées par la poste, plus de temps superflu Et mettre le courrier dans cette fente énorme. Curieuse boîte aux lettres, grosse caisse métallique sans caractère, laquée, de couleur verte, enfin…peu importe, encombrante !. J’ouvre de l’extérieur le réceptacle clos À l’aide d’une clé plate, une sésame ad hoc, Et tout naturellement, c’est un plein « tombereau », De papiers inutiles, à devenir sinoque. Le courrier de nos jours, lorsqu’il arrive à temps, est toujours étouffé d’une pléthore de prospectus parasites, enfin … vecteurs de communication! Quelque peu agacé par cette paperasserie, Ce courrier distribué par des mains anonymes, Je songe à ce qu’était ce service de plis, Lorsque j’étais enfant, époque sérénissime. Je revois le facteur, personnage pagnolesque, aller tranquillement de logis en logis, prendre des nouvelles fraîches, rassurer, conseiller, enfin…servir de maillon, de lien entre les êtres, un transmetteur humain… Il arrivait paisible sur son vélo chargé, Un sac bien rempli accroché dans le dos, Et c’était un plaisir de le voir s’arrêter, Nous tendre quelques lettres comme on offre un cadeau. Sa mine triste ou gaie donnait déjà le ton Des bonnes ou noires nouvelles, par le pli colportées, Car il connaissait tout des familles, des maisons, Et partageait leurs joies, leurs instants éplorés. Ce facteur d’antan c’était cela, et tout en fermant les yeux, je l’imagine sur sa bicyclette, coiffé de son sombre képi, les bacchantes rieuses, le teint toujours jovial … un personnage! MAGIQUES INTANTS DE PÊCHE Longeant les bords de Seine près de l'ancienne gare, Je m'arrête un instant subjugué par l'eau vive, Qui coule au ras des rives et d'un courant dare-dare, Instant qui me rappelle ma jeunesse, me ravive. Au lieu où je rêvasse, existait un lavoir, Une longue construction faite de pans de bois Et recouvert de tôles , abritant, lieu notoire, Les amoureux transis, lavandières autrefois. C'est là que je connus la passion de la pêche, Muni d'un petit seau et d'un scion de bambou, Ma mère vigilante responsable de la esche, Assise sur une pierre , gardait son bout-de-chou. J'attrapais sur le bord, de tous petits poissons, Frétillants, argentés , des prises merveilleuses, Que je glissais tout doux dans un petit pochon, Récipient cylindrique, calé sur l'aire herbeuse. Je n'avais pas dix ans et s'écoulait le temps, Une nature calme, des promenades paisibles, Pas une jungle immonde, pour de jeunes enfants, Pas un monde de fous, de tant d'êtres nuisibles. |
|
| © Copyright : gghislain-provinois 2005 RETOUR Juillet 2005 | |||